Festival Art Sonic 1999
( Briouze)
 
Vendredi Soir:
Nemless (Albi)
Gready Guts (Toulouse)
Kargols (Perpignan)
Wampas (Paris)
Samedi Soir
Brigitte Bop (Orléans)
Klunk (Nantes)
Terrorgruppe (Berlin)
Mustar Plug (USA)
Ruda Salska (Angers)
 


PHOTOS: J'ai pris des photos d'un peu tous les groupes. En cliquant sur l'icône à côté du nom du groupe, on y accède.


 

Premier soir.
Nemless/Gready Guts/Kargols/Wampas
 

La soirée à débuté par le concert de Gready Guts. Parce que le temps de prendre l'apéro et d'avaler trois cochonnailles, on a raté les Nemless. De toutes façons, ils viennent d'Albi, on aura bien l'occasion de les revoir.
Et oui, vous avez pu noter que c'était la soirée sud-ouest à Briouze ce soir. Nemless, donc, Gready Guts (Toulouse), et Kargols (Perpignan). On se sentait un peu à la maison. Non, là je déconne. On s'est fait repérer de suite. Pas à cause de la plaque; ils sont pas plus cons que nous , les normands : les numéros minéralogiques, ils ne les connaissent pas non plus. Non, c'est l'accent. On y peut rien, c'est darwinien. Le métabolisme s'adapte à l'environnement au climat; en Normandie, ils ont l'accent triste et morne. Je le sais, je suis vache, mais dans ce pays, c'est une tenue de camouflage.
 
    GREADY GUTS
 
Donc, commençons par les Gready Guts. A vrai dire, moi et les Gready Guts, ça avait mal débuté. Par une interview sur TLT (Télé Toulouse, aussi appelée Télé Baudis ou Télé CGE, selon l'angle de vue).  C'était en pleine manif étudiante contre le CIP (le smic-jeunes, promis au Bac+2 pour démarrer dans la vie). L'intervieweur demandait aux Gready leur avis sur ces événements, ce à quoi le groupe répondit en substance et en choeur : "on s'en branle.." J'avais donc rangé sans pitié les GG dans le placard des groupes méprisables; à cette époque je plaisantait pas avec les idées. Et puis bon, avec le temps on se dit qu'on peut être défaillant sur certains points, et faire bien son boulot quand même. La morale, comme partout, c'est éminemment subjectif et nombre de groupes se prétendent concernés par des sujets auxquels ils ne comprennent rien (et en fait s'en contrefoutent intégralement), les Gready, eux, avaient l'excuse de la franchise. Et cette franchise se ressent sur scène. Ils chantent en anglais et, bien que n'ayant jamais eu les paroles sous les yeux, je suppose que c'est préférable. Mais alors, ça booste. Un vrai groupe de skateux. Le chantariste compense largement la quasi inertie de la bassiste (elle est mignonne, mais parfois on se demande si elle est vivante), il saute, il bondit, il décolle, il grimace, et finira par péter une corde sur le dernier morceau. Moi j'adore ces groupes qui se donnent à fond, sans faire la gueule, même quand il n'y a pas grand monde devant la scène. Après tout, on y est pour rien si le "public" préfère rater une occase de découvrir un bon groupe. Ledit public ne viendra qu'à la tombée de la nuit. Dommage, les Gready Guts en live, c'est bien.
 
    KARGOL'S
 
Puis arrivent les Kargol's. ZE Kargol's. J'aurais du les chroniquer quinze mille fois. La première fois que je les ai vu, c'était au festival Supaerock (Mai 1998). Sur le cul, laissé ils m'avaient. Je n'avais aucune expérience du ska, si ce n'est un an plus tôt lors du même festival un certain Skaferlatine (qu'est-il devenu celui-là de groupe?) qui faisait dans le festif sympa (mais lassant à la longue).
Mais là! Les Kargol's m'avaient rétamé avec leur ska-punk mâtiné de hardcore. Parlant tantôt de révolution (putain de morceau destructeur), tantôt de taper à coup de poings sur les bulldozers Vingrauphages (*), le tout an agitant un drapeau catalan (qui depuis a disparu -peur de la méprise?). Un déferlement mélodique (putains de sax), sonique et rageur. Heureusement quelques passages ralentissaient le rythme pour pouvoir reprendre son souffle. Le calme entre deux tornades.
Inutile de dire que les Kargol's m'avaient acquis à leur cause. Depuis je les ai revu cinq ou six fois. Et à chaque fois, c'est la même énergie, la même rage. Dès le premier morceau, tu chopes des fourmis dans les mollets. Leur secret: deux chanteurs-saxophonistes bondissants. Ça impose un rythme à nul autre pareil.
Côté albums, les Kargol's en affichent deux au compteur (ils ont sûrement quelques morceaux égarés sur diverses compils: on peut au moins citer "Surfing Kargolade" sur "La liberté est ailleurs").
Le premier Ma! j'galère donne le ton; mélodie de sax impossible à se retirer de la tête, un poil festif -FBI, Hirochirac (une perle, "qu'il aille faire péter ses bombes à l'Élysée!")-, un poil fusionnesque -Pression dans les ghettos (excellent)- et un gros poil de skacore dévastateur un peu partout.
Le deuxième album m'a foutu un petit coup de blues. Pas musicalement, financièrement. Autant le dire de suite; il est trop reuch. Quand le deuxième album de Marcel affiche 100 balles, celui des Kargol's pointe à 120 juste à côté. Y'a pas de raison.
Mais ne soyons pas dupes pour autant. Le chemin qui mène de l'enregistrement à l'étiquetage est sinueux, et le prix bien souvent perverti la valeur. Car Satyagraha est somptueux. L'intro Intru vous prend aux tripes et vous met des ressorts dans les guiboles. Vous ne donnerez de répit à votre voisin du dessous que pour le Dub Brain. Mais en attendant vous vous lèverez pour la cause basque ("Zutik, apa junde zutik"), vous beuglerez sur Condamné ("Le maire est impliqué..."), vous bérurerez un max sur Famine ("Qu'ils crèvent, qu'ils crèvent, tous ceux qui adoptent le système!"). Pour les textes, même s'ils cèdent un instant à l'antiracisme cul-cul (Urgence), le reste s'avère bien lucide, dans la lignée écolo internationaliste entamée dans le premier opus. Bref, un sacré putain d'album.
Et tout se retrouve sur scène.

Comme à Briouze, où déjà le concert se termine et qu'entrent en scène.. les Wampas.
 

(*)Vingrau est un petit village catalan de l'Aude, pas loin de Perpignan. Une firme suisse (OMYA) a décidé de massacrer la région en creusant une carrière dans la montagne, au milieu des vignes. Les villageois leur ont gentiment signifié qu'ils pouvaient aller se faire foutre. Les manifs qui suivirent furent sévèrement réprimées par  les forces de l'ordre. En effet, avant d'aller faire des paillotes flambées en corse, le préfet Bonnet, avait donner l'ordre de charger femmes et enfants. Cette répression sauvage a donné lieu à d'intéressantes images que l'on à pu voir sur toutes les chaînes de télé, ainsi qu'à une analyse psychologique dudit préfet à "Arrêt sur image".
Ainsi qu'à la chanson Vingrau des Kargol's "Tu veux faire du fric protégé par les flics/ Tu te moques du reste sans coeur et sans détresse/ Détruire c'est tout ce que tu désires/.. Agissons avant qu'il ne soit trop tard"
 

    LES WAMPAS

Impossible à présenter. Les Wampas font partie de l'inconscient collectif. Ce sont des légendes qui, de temps à autres, se matérialisent sur scène, puis s'évaporent en laissant dans le cerveau de ceux qui les ont vu une trace indélébile, un impression indescriptible.
Impossible à présenter donc.
Et, peut-être même faites vous partie de Ceux Qui Les Ont Vu. Peut-être avez-vous déjà soutenu la chaise en plastique que Didier pose parfois sur le public -bras tendu, biceps en action- avant d'y poser son séant pour interpréter Les Bottes rouges (lalala lalalala lalala!). Peut-être étiez vous là, en Normandie, les mains vertes d'avoir touché votre idole déguisé en Lou Ferrigno (pour la carrure, c'était mal imité). Les Wampas, c'est mythique. Ça ne se décrit pas; ça se raconte.

A l'entracte suivant les Kargol's, je m'interroge, comme à chaque concert des Wampas : qui sera le deuxième guitariste? Jo ou Daniel. Daniel, il est bon. Mais Jo, il est rigolo. C'est un excellent second rôle dans le théâtre des Wampas. On guette toujours sa prochaine connerie, ses mimiques, ses attitudes ; un peu comme on cherche les gags de fond dans les "Y'a t'il.."
Qui donc sera le guitariste ce soir.
On me prévient que je vais avoir une surprise.
Entrée en scène. Brouillard. On distingue bien Karl Zéro, puis Didier Hulk, et en plein brouillard, une forme plutôt longiligne. "Ben quoi, me dis-je, il s'est foutu à poil, Jo ou quoi? Et puis il a mis une perruque à cheveux longs. Putain, c'est Slash!" Le brouillard se dissipe. Jo est une guitariste. Une vraie. Déguisée avec robe moulante peau de panthère. On devine que pour se déplacer, ça doit pas être du plus pratique, et en effet, son jeu de scène restera limité au strict minimum (les doigts se déplacent pour faire les accords). Tonight, ladies and messieurs, le spectacle sera assuré par Didier tout seul ! Et il assure, le Hulk. Comme la bête de scène qu'il est. Effectivement, une fois encore, il nous fait un show commak.
Il nous aura même épargné son horrible Peggy-sue-la-techno. Certes, ils nous aura asséné les deux morceaux assommants de son répertoire "Résurrection du papillon" et "Les îles au Soleil", mais ce soir encore, Didier Wampas est le roi. Il se permet tout, même de faire monter sur scène un public exclusivement féminin pour entonner Petite Fille et finir le concert dans des positions pas très catholiques.